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Morale Au Négatif
Si le reste du monde s'écoeure de lire les douleurs d'un autre, que leurs yeux brulent et disparaissent en cendre. Si mon coeur se méprend à se mentir, qu'il s'embrase de plus belle.
Me voila une nouvelle fois l'esprit s'échappant vers un lointain passé que je pensais avoir oublié. Je me laisse le temps pour mieux le toucher. Main tendu caressant l'horizon encore floue, je me méprends à vouloir agripper un doux rêve ébranlé qui se gorgeait de réalité, alors que je ne faisais que l'effleurer sans véritablement l'atteindre depuis tout ce temps...
La main engloutie à l'intérieur d'une matière noire et gluante qui me tire, je ne peux vaincre sa force d'attraction et ne peux que désespérer de m'en sortir. J'attends simplement que le verdict soit tombé, et surtout, j'espère qu'il sera juste. Je ne prends plus plaisir à me mentir, je ne prends plus plaisir à sourire, je ne ressens plus en fait, à raison d'avoir pris trop de fois le rôle du martyre. Je ne sais plus que me laisser aller là ou la luminosité n'existe pas. Alors je reste planté là, à attendre qu'un choix emporte mon coeur.
J'ai souvent l'envie de craquer, mais je ressens une force non loin qui me retient. Je garde l'espoir et me meurtris de cela, mais je ne peux m'en empêcher. Que les frêles idiots meurent à la bourrasque du vent tuant le temps jusqu'aux récifs de la guerre. Perdons nos vies aux chants des sirènes, perdons espoir au son de la mer qui gronde à l'horizon et qui s'étincelle. Perdons espoir et renonçons à l'aventure... Jetons l'encre pour de bon. Alors je reste planté là, à attendre qu'un choix emporte mon coeur.
Je ne veux plus me jeter à l'eau lorsque la mort est proche. Je n'en ai plus la force. Je ne cherche plus à escalader les montagnes et briser les rocs que je croise. Je nous cherche juste. Histoire d'effacer la solitude qui me lie à l'hiver et la tempête qui m'effraie. Je n'entends plus les cris d'agonie. Je n'explique plus ma surdité. Je reste juste planté là, à attendre qu'un choix emporte mon coeur.
Et le reste n'a plus d'importance... Le vent souffle et emporte les frêles ignorants, tandis qu'elle laisse une feuille morte gorgée de pluie collée au sol, qui reste planté là en attendant que son coeur se détache de l'encre qui me retient...